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Les nouvelles filières d'immigration chinoises
vers l'Europe et la France
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Les nouveaux migrants économiques chinois ne viennent
plus uniquement des régions traditionnelles côtières
du Sud-Est de la Chine, mais également
des provinces du Nord-Est, du fait des restructurations
économiques en Chine et de la fermeture des usines
non rentables. Munis de visas de tourisme, d'étudiant,
possédant des domiciliations à Paris chez
des particuliers ou dans des associations, des nouvelles
filières migratoires se mettent en place en Europe.
Les tentatives d'immigration
clandestines des zones rurales du Sud (Guangdong - Zhejiang
et Fujian) et du Nord-Est (Jiling - Liaoning - Heilongjiang
- Hebei) de la Chine se développent de plus en
plus en Europe et en France. De son côté,
l'immigration Wenzhou ne ralentit pas et elle a recours
a de nouvelles filières. Originaires de Zhéjiang,
ces derniers représentent encore 60 à 65
% des nouveaux arrivants dans le quartier de Belleville
à Paris. Les demandeurs sont souvent jeunes, mais
parmis les migrants du Nord et du Nord-est, il n'est pas
rare de voir arriver des techniciens ou des cadres issus
des entreprises en restructuration ou qui ferment.
Les visas étant
difficiles à obtenir en Chine, plusieurs
trajectoires passent notamment par l'Europe de l'Est et
la Turquie. Les réseaux sont présents en
Asie, en Russie et en Europe de l'Est (Pologne,
Bulgarie, ex-Yougoslavie). Attendant parfois plusieurs
semaines leur passage pour l'Allemagne, les Pays Bas,
l'Angleterre, la Belgique, la France, l'Espagne, l'Italie,
ou les Etats-Unis, munis de faux papiers ou de documents
qui leurs sont délivrés en cours de route
(visa polonais en Russie ou visa serbe par exemple), les
trajets des clandestins, avec de multiples circuits et
filières en Europe, peuvent durer de quelques jours
à quatre mois. Ils utilisent diverses stratégies
et différents moyens de transport (avion, train,
camion, bus, trajets à pied) selon les occasions
et les choix des passeurs.
D'autres migrants
chinois arrivent par exemple directement à l'aéroport
français de Roissy-Charles de Gaulle, avec des
billets délivrés par des agences de voyage
ou grâce à la complicité des passeurs
en Chine. Accueillis à Paris par des petits groupes
qui les aident à s'établir dans des communautés
chinoises bien implantées en France (Wenzhou et
Téochew), les nouveaux migrants acceptent des travaux
modestes dans des ateliers clandestins chinois ou turcs
ainsi que dans le Sentier. Il s'agit d'une main-d'uvre
peu regardante et bon marché, y compris pour les
femmes, recrutées au départ souvent comme
nourrices ou femmes de ménage. On constate depuis
peu également de nouveaux réseaux de prostitution
à Paris peu visibles jusqu'alors dans la capitale.
60 000 clandestins chinois
arrivent en France chaque année
A ce jour, 60 000
immigrés clandestins chinois tentent actuellement
de pénétrer en France chaque année,
sans compter les arrivées via les visas réguliers
délivrés en 1999 par les Consulats de France
en Chine (hors Hong Kong) dont le nombre est évalué
en 1999 à près de 78 000 visas. L'affluence
des nouveaux migrants en provenance des nouvelles provinces
chinoises, la continuité des flux originaires du
Sud-Est, la variété des tentatives d'immigration,
les phénomènes de pauvreté rurale
et de restructuration économique en Chine, les
tentatives de fraude des demandeurs et des filières
multiples devraient mettre en évidence en France
ce phénomène migratoire qui devient exponentiel.
Les stratégies
des migrants chinois évoluent rapidement : Ils
tiennent compte des campagnes de régularisation
dans l'espace de Shengen bien comprise par les migrants,
de la mobilité mondiale et européenne des
Chinois, des retombées de l'affaire des sans-papiers
chinois en France sur les possibilités d'un modèle
d'intégration républicain, des raisons du
succès économique rapide des communautés
chinoises, de ses réseaux d'accueil, et des possibilités
de coopération et de co-développement avec
la Chine.
A Paris, la demande
d'asile chinoise devient la première par groupe
de nationalité. En 1998, la moyenne mensuelle de
173 demandeurs d'asiles à Paris (2 082 par an)
est passée à 428 en 1999 (5 139 par an)
et à 435 en 2000, ce qui ne représente qu'une
partie visible d'une immigration clandestine plus conséquente.
La progression des flux migratoires chinois en direction
de la France devrait progresser dans les prochains mois.
Au delà de
l'accroissement des flux clandestins en provenance de
Chine, des demandes d'asiles et des arrivées directes
par avion en France avec des visas réguliers, les
entrées se poursuivent grâce à des
papiers obtenus dans l'espace de Shengen (campagnes de
régularisation comme en Espagne en mars dernier).
Les ressortissants munis de documents régularisés
grâce à des complicités locales ibériques
(domiciliations payantes de 20 000 à 30 000 FF)
reviennent en France. Les candidats à la régularisation
ont compris le profit qu'il pouvait tirer des accords
de Shengen pour se maintenir ensuite en France qui devient
une destination privilégiée.
Le principe
de la solidarité de la diaspora parisienne
Cette nouvelle immigration
s'appuie sur des réseaux et des structures bien
implantées en Europe et en France. Autonomes au
regard des pays d'accueil, et très soudées,
les communautés chinoises ont une importance économique
considérable. Le rapide développement des
Chinatowns parisiennes n'est pas lié à un
quelconque hasard ou à des soudaines opportunités
; L'espace autonome des Chinatowns repose sur la base
de deux grands principes ; La confiance dans les amitiés
personnelles et les réseaux qui s'inscrivent dans
un projet collectif de groupe et de stratégie de
réussite individuelle ; Les solidarités
claniques, familiales, géo-dialectales liées
à une culture ancestrale, à un acquis collectiviste
confucéen, et des filières d'entraide financières
dans le monde entier, sans oublier les liens d'investissement
avec la mère patrie.
Forts de ces atouts
culturels et historiques, et de leur expérience
migratoire fondée sur une principale activité
- le commerce - pour la survie dans les pays d'accueil,
les Chinois d'Outre-Mer bâtissent de véritables
empires. Avec des groupes financiers très puissants
dans le monde, cette diaspora joue un rôle clef
dans l'ouverture économique de la Chine populaire
en réinvestissant considérablement dans
les régions d'origine. Démarrant durement
leur labeur et leurs premières activités
dans les pays d'accueil, le succès scolaire et
l'ascension sociale des migrants sont rapides dès
la deuxième génération, produisant
des hommes d'affaires, des techniciens et des professions
libérales.
Ces Chinois solidaires, secrets, respectueux et travailleurs,
ont la possibilité d'investir rapidement grâce
à la solidarité et à un système
de prêt communautaire, le "Hui", un mot
clef qui permet, sans passer par des organismes financiers,
d'acquérir comptant un appartement ou un commerce
et de s'implanter dans un quartier qui va se développer
rapidement. La vitrine du XIII ème arrondissement
de Paris, le quartier de Belleville et d'autres secteurs
chinois de la capitale forment des exemples concrets de
ces stratégies.
Ce système
d'entraide a permis aux Chinois de simplanter de
façon autonome dans l'épicerie extrême
orientale et dans la restauration, puis dans des activités
économiques très diversifiées. Cette
communauté jugée favorablement par l'ensemble
des français représente pour certains un
modèle d'intégration communautaire. Pour
d'autres, il s'agit plutôt d'une vie "en ghetto",
hors du modèle français d'intégration.
Néanmoins, elle semblait vivre jusqu'alors "en
développement séparé" de la
société française.
Un développement séparé
de la société française
Dès l'origine,
avec plusieurs vagues migratoires aux motifs forts distincts,
les Chinoisdébarquant à Paris étaient sans
travail, sans logement. : leurs réseaux familiaux,
professionnels et amicaux étaient inexistants ou
très déstructurés. Pour autant, le
développement social et urbain de la communauté
chinoise à Paris s'est effectué avec force,
dans l'ordre et à un rythme très rapide,
avec la création de plusieurs quartiers urbains
autonomes, concentrés et condensés.
En emménageant
rapidement et de façon active dans leurs quartiers,
ils ont prolongé leur conquête et leur expansion
géographique dans la banlieue parisienne, tout
en renforçant leurs territoires ethniques urbains.
Ces quartiers vivent en "développement séparé"
de la communauté parisienne. Les Chinois de Paris
vivent et travaillent dans une économie fermée,
appliquant leurs règles et leurs coutumes locales.
Ils s'adaptent rapidement à un ordre interne et
ils s'appuient dans leur conquête spatiale sur l'entraide
et sur leurs différents réseaux.
La très grande majorité des migrants était
issue de milieux modestes. Ces chinois fuyaient, des conditions
économiques déplorables, des oppressions
politiques, et des zones de conflits meurtriers. Ils arrivaient
le plus souvent dépouillés et les mains
vides. Néanmoins, ils ont bâti avec succès,
en quelques années, des pôles de réussite.
Certes, certains migrants chinois faisaient partie des
élites issues des chinois d'Outre-mer. Ils ont
déployé des stratégies de développement
économique rapides, diversifiées, concentrées,
et leurs enfants ont bénéficié pour
la plupart de résultats universitaires et professionnels
favorables.
Ce succès
économique a ses zones d'ombres. C'est une réussite
parfois bâtie sur un monde sans pitié, où
quelques hommes de main, dans un réseau hiérarchisé,
font régner un ordre cloisonné et secret.
Il est souvent basé, dans ce cas, sur des filières
qui fournissent en main-d'uvre illégale des
opérations communautaires diverses, comme l'alimentation
des ateliers clandestins. Pour les plus faibles d'entre
eux, il s'agit d'un véritable parcours du combattant.
Les Chinois de Paris
bénéficient en France d'un capital de confiance
et d'images positives. Ils profitent d'un à priori
de sympathie lié à des valeurs traditionnelles
et à leur respect des valeurs. Mais les chinois
de Paris sont en même temps suspectés de
bien de problèmes ; Salubrité, surpeuplement,
extension territoriale au dépend de la vie locale,
images liées à divers trafics. Il leur est
également reproché leur caractère
secret. Ces détracteurs précisent que les
Chinois ne savent vivre qu'en autarcie et que leur culture
fonctionne sur un mode endogamique. Puis, avec la représentation
chinoise, surgissent de l'inconscient, l'étrange,
la crainte et l'inconnu. La Chine, parce que terre lointaine,
attire et séduit, mais suscite toujours des appréhensions.
L'espoir d'une intégration républicaine
L'intégration
des chinois est une question géopolitique qui a
toute sa place dans le débat sur l'intégration.
Les Chinois de Paris ont construit à l'endroit
où ils pouvaient vivre, des modèles sociaux
et urbains calqués sur les archétypes de
leur pays d'origine. Avec le défi lancé
par les sans-papiers chinois, la question est de savoir
si les communautés chinoises vont se diluer, avec
les nouvelles générations, et se diriger
vers une intégration républicaine ? Au regard
des témoignages recueillis dans les Chinatowns
de Paris, la volonté d'intégration républicaine
se ressent dans les discours recueillis. Il existe bien
un clivage entre les jeunes générations
et les plus anciennes. Mais le noyau traditionnel de la
communauté chinoise ne lâchera pas facilement
ses prérogatives communautaires ni ses réseaux
claniques, économiques et financiers.
Des propositions en direction
d'un développement durable
La gestion des flux
migratoires est un domaine de coopération qu'il
faut développer entre la Communauté Européenne
et la Chine. Si l'intégration des Chinois installés
dans les pays d'accueil en Europe doit être encouragée,
l'immigration et l'utilisation de la main-d'uvre
clandestine doit être combattue, et une dimension
préventive avec la Chine doit être envisagée
; Il nous faut suggérer une maîtrise des
flux migratoires par un recours à l'aide associative
et humanitaire dans des conditions qui restent à
définir.
Le co-développement,
des actions d'appui adaptées dans des régions
les plus pauvres, l'expérience des services de
l'Etat, des collectivités locales, des O.N.G.,
des entreprises européennes et françaises,
et des actions de coopération spécifiques
seraient bénéfiques. Ainsi le savoir-faire
de régions (Pas-de-Calais, Lorraine) françaises
bénéficiant d'une expérience dans
la restructuration industrielle pourrait bénéficier
aux provinces chinoises du Nord de la Chine touchées
par des restructurations industrielles ; Actions spécifiques,
protections sociales, formations.
Notre coopération
avec la Chine en matière de gestion des flux migratoires
sera d'autant plus efficace qu'elle s'inscrira dans une
coopération globale. Cette politique de co-développement
avec la Chine doit être prolongée avec nos
partenaires dans la perspective des prochaines réunions
des instances de l'Union Européenne.
© Dr
Pierre PICQUART
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