
Les
événements du 11 Septembre 2001 ont mis en évidence
la nécessité vitale d’œuvrer plus efficacement pour
la prévention des conflits. Celle-ci ne peut
se restreindre à la lutte contre le terrorisme international
; elle doit aussi mettre au jour les racines de tout
mécontentement radical susceptible de constituer une
menace.
Depuis
des siècles, la lutte contre le terrorisme a constitué
un défi pour les stratèges, les experts en sécurité,
les analystes et les dirigeants politiques. Le 11 Septembre
a marqué un tournant dans cette approche et sensibilisé
la planète entière à la menace terroriste. Désormais,
la prévention des conflits fait appel à une très vaste
palette d’experts qui comprend aussi bien des analystes
financiers et des banquiers, que des experts dans le
contrôle des armes biochimiques, des chercheurs, des
spécialistes en communication, des ingénieurs et des
chefs religieux.
Les
actes terroristes et les conflits violents se poursuivent
dans les Balkans, en Afrique, en Asie, en Amérique latine,
et l’Union Européenne a les moyens, aussi bien financiers
que politiques de jouer un rôle important dans les efforts
communs pour la prévention des conflits. L’Union Européenne
a la volonté d’aider plutôt que de supplanter les efforts
des acteurs directement impliqués dans un conflit potentiel.
En effet, l’initiative et la responsabilité des opérations
doivent rester entre les mains des autorités nationales
du pays concerné ( « the ownership principle » ).
L’Union
Européenne dispose de nombreux moyens d’action pouvant
être mis au service de la prévention des conflits :
aide extérieure au développement durable, co-opération,
aide humanitaire, politiques sociales et environnementales,
diplomatie, politique de marché, coopération avec d’autres
partenaires internationaux et avec les Organisations
Non Gouvernementales, gestion des crises. De la sorte,
l’Union Européenne est d’ores et déjà impliquée à un
haut niveau dans la prévention des conflits. Elle désire
cependant améliorer la précision et l’efficacité de
son action dans ce domaine de façon à répondre dans
les délais les plus brefs et de la façon la plus compétente
possible, avec des moyens appropriés, aux situations
spécifiques dès que celles-ci se présentent. En effet,
l’Union Européenne, avec ses relations diplomatiques
mondiales, ses instruments économiques, financiers,
techniques et politiques bénéficie des meilleurs atouts
pour être sur le premier front dans la prévention des
conflits, sans parler de son potentiel militaire. L’Union
Européenne a également la possibilité d’offrir son aide
lors de conflits établis, pour aider à promouvoir la
paix.
Le
terrorisme est une forme de conflit violent. Et comme
tout conflit, il engendre de la détresse humaine. Si
bien que la prévention des conflits fait partie intégrante
de la lutte pour la réduction de la pauvreté. Pour mieux
le comprendre, il faut considérer en premier lieu ses
caractéristiques. Les leaders terroristes se nourrissent
de la pauvreté, de l’exclusion et de toute autre source
de mécontentement radical susceptible de jeter des recrues
dans leurs filets. Les terroristes sont extrêmement
adaptables. Leur ultime défaite est liée à l’établissement
d’un Etat stable, tant sur un plan économique que politique,
instaurant la paix et la justice sociale et bannissant
toute forme d’exclusion.
Le
développement de la coopération peut permettre de :
• Renforcer la stabilité des Etats
• Dissuader les groupes dissidents de rallier le terrorisme
• Empêcher des groupes ou des individus de mener des
actions terroristes
• Développer la coopération internationale dans la lutte
contre le terrorisme … / …
L’histoire
récente a montré que les leaders terroristes trouvent
leurs recrues parmi des enfants et des hommes âgés de
quatorze à trente ans, peu éduqués et aux perspectives
d’emploi limitées. Ce défaut d’opportunités économiques
et d’emploi est en augmentation pour un pourcentage
croissant de la population jeune, incluant des personnes
ayant un certain niveau d’étude, dans beaucoup de régions
du monde. Ces hommes, par le biais des moyens de communication
modernes perçoivent bien le fossé qui existe entre leurs
propres perspectives et celles d’autres pays. Cette
prise de conscience peut donner naissance à un sentiment
de frustration et de désespoir.
Quand
le niveau d’étude augmente plus rapidement que la capacité
d’embauche, cela peut constituer un facteur déstabilisant
et augmenter le risque de tensions sociales dans certains
cas. Ce phénomène peut également augmenter la conscience
des inégalités et faire naître un sentiment de frustration.
Dans d’autres cas, cela crée un réservoir d’hommes ayant
un bon niveau d’études et qui peuvent ainsi participer
à la croissance de leur pays, lorsque l’opportunité
se présente. Au contraire, une jeunesse bien éduquée
mais vivant dans environnement politique défavorable
risque d’exprimer son opposition en partant à l’étranger,
plutôt qu’en tentant de constituer un parti réformateur.
Bien que les leaders terroristes et leurs recrues soient
la plupart du temps issus d’une classe moyenne, ils
exploitent les facteurs d’insécurité et prétendent épouser
la cause des classes défavorisées, des exclus politiques
ou économiques ( que cette exclusion soit réelle ou
seulement perçue comme telle), pour rallier ces populations
à leur cause. Ces conditions font aussi référence à
la pauvreté, relative ou absolue : en effet, bien que
pauvres, certains pays ne connaissent pas de terrorisme.
Néanmoins, il faut mener des efforts combinés pour lutter
contre la pauvreté et le terrorisme.
Les
donneurs devraient donc travailler avec des partenaires
au sein du gouvernement et de la société civile pour
:
•
Se concentrer sur la jeunesse, ses aspirations et la
possibilité de les réaliser.
• Améliorer l’analyse des bouleversements sociaux induits
par le développement, ainsi que les causes de rejet
et d’exclusion parmi les jeunes ayant reçu une éducation.
Une telle analyse inclurait les différents types d’éducation,
les sentiments d’humiliation, y compris pendant les
périodes d’aide humanitaire, qui peuvent être longues.
• Créer des structures pour l’emploi créatives et dynamiques,
offrant aux jeunes des opportunités, spécialement en
zone urbaine, tout en prenant en compte les problèmes
fiscaux. Les Donneurs pourraient accroître leurs connaissances
dans ce domaine, notamment grâce à l’aide qualifiée
de l’Organisation Internationale du Travail.
• Améliorer la qualité de l’éducation dans les écoles
privées, nationales et religieuses.
• Soutenir les initiatives de jeunes tentant de trouver
des solutions créatives permettant de combiner le système
de valeurs traditionnelles avec la modernisation, à
travers l’éducation.
Les
Donneurs doivent mettre en œuvre les recommandations
des Guidelines on poverty reduction. Il faut concentrer
les efforts pour permettre aux populations défavorisées
d’exercer leurs droits, de faire entendre leur voix,
d’avoir accès aux services de base comme l’emploi, l’éducation,
de renforcer leur participation au développement durable,
de diminuer leur vulnérabilité et les risques.
Il
est vital de proposer une aide à ces populations, à
travers une sélection pragmatique d’agences gouvernementales
et non-gouvernementales, luttant ensemble pour la réduction
de la pauvreté, le respect des droits de l’homme. En
effet, supprimer la pauvreté est essentiel pour obtenir
une sécurité et une prospérité globales, diminuant ainsi
les risques potentiels de conflit violent.
Pour répondre aux objectifs de référence, et pour constituer
une équipe efficace et cohérente, les experts ne devront
pas seulement exceller dans leur domaine d’activité
spécifique, mais aussi avoir une connaissance globale
des objectifs généraux du programme, ainsi que des différentes
activités entreprises dans tous les domaines.
Un effort particulier sera porté pour assurer une bonne
communication entre les experts, l’Union Européenne
et les pays tiers, à travers des rapports, des rencontres
et de nombreux échanges, afin d’avoir une meilleure
approche des défis et des stratégies à adopter en conséquence.
Pour assurer une efficacité optimale, il est capitale
que l’information circule entre les différents acteurs
impliqués. La communication et les échanges constituent
un point essentiel à tous les niveaux d’organisation,
aussi bien en aval qu’en amont des décisions, de façon
à favoriser coordination, complémentarité et cohérence,
et à répondre avec pertinence et efficacité aux objectifs
définis sur le long terme.
End
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Dr Pierre Picquart